Lorsqu’elle a commencé à enseigner à la HEIA-FR, Stefanie Schwab a introduit la transformation dans ses cours de construction. Aujourd’hui, ce thème est devenu un fil rouge de la filière d’architecture et de l’institut TRANSFORM. Rencontre.

D’origine allemande, aujourd’hui installée à Prilly, Stefanie Schwab a étudié l’architecture à Darmstadt. Durant ses études, elle a passé une année à l’EPFL. Elle y a rencontré son futur mari. Ensemble, ils sont repartis en Allemagne. Revenue en Suisse, quelques années plus tard, mère de son premier enfant, elle s’est inscrite à une formation continue de l’EPFL dans le domaine de l’expertise. «J’avais besoin de mieux connaître la terminologie, en français, et les normes SIA. Le premier module de la formation était un CAS donné à Fribourg sur l’expertise technique dans l’immobilier. À la fin de la formation, on m’a proposé de commencer à enseigner à la HEIA-FR.» En 2009, elle entre donc dans la filière d’architecture, pour enseigner la construction en 1re, 2e et 3e années.

Stefanie Schwab est une femme déterminée. Depuis son arrivée, elle n’a cessé de poser sa marque sur le cursus et sur les recherches menées. «La transformation des bâtiments existants s’est imposée comme le fil rouge de mon travail un peu par hasard, note-t-elle, beaucoup par passion. Très vite, j’ai décidé d’introduire cette notion dans le cursus du bachelor, en 3e année. C’était une nouveauté. J’ai fait travailler les étudiants par pairs sur des projets de rénovation réels, comme thème principal du cours de construction de 3e année. Les étudiants apprécient cette approche proche de la réalité.»

«Durant mes études, je m’intéressais beaucoup au patrimoine. J’ai travaillé dans un institut qui se penchait sur les conditions de conservation des monuments historiques. Nous réalisions de grands chantiers de restauration. Durant 4 ans, je me suis retrouvée dans des églises, des charpentes et du vieux bois.» Elle enchaîne dans un bureau de Stuttgart, encore une fois confrontée à des bâtiments anciens, d’abord une station de pompiers, qui doit être transformée en centre de récréation et d’hôtellerie pour personnes âgées, ensuite la patinoire de Stuttgart. «En dirigeant ces travaux de transformation, j’ai définitivement compris que lorsqu’on travaille dans l’existant, il faut vraiment bien faire connaissance avec le bâtiment. Si on ne fait pas cet effort au départ, si on ne fait pas de relevés corrects, on se retrouve dans des problèmes insolubles sur le chantier.» Elle développe alors une méthodologie pour analyser les forces, les faiblesses et les spécificités des bâtiments. «Au début, c’est un peu un travail de détective que les architectes oublient de faire, en voulant se lancer directement dans le développement d’un projet.»

À Fribourg, elle reprend aussi le CAS sur l’expertise technique. Elle y introduit les réflexions qu’elle a développées en Allemagne. Lorsque la HEIA-FR crée ses dix instituts de recherche, les préoccupations de la chercheuse, partagées par son collègue Florinel Radu, orientent aussi les thématiques clés de l’institut TRANSFORM. «Ça tombait bien, j’étais en train de faire un projet de recherche pour le Service des biens culturels sur les transformations des bâtiments ruraux en habitation.» Elle développe une brochure qui guide les architectes et les propriétaires afin qu’ils puissent travailler efficacement et faire des transformations conformes aux exigences de la protection du patrimoine. Cette brochure est encore beaucoup utilisée aujourd’hui.

Elle poursuit son travail de fond en lançant un projet financé par la HES-SO et réalisé en collaboration avec les hautes écoles d’Yverdon, de Genève et de Sion. «Nous nous sommes intéressés à la typologie des constructions réalisées en Suisse romande durant le 20e siècle. En fonction des matériaux à disposition et des savoir-faire, chaque époque a eu ses propres habitudes. Il est important de les connaître avant de se lancer dans une rénovation, afin de gagner du temps, mais surtout d’envisager les changements en respectant l’histoire. Il faut garder les traces du temps, l’âme, l’esprit. Ou alors, si on change tout, il faut que ce soit vraiment mieux.»

Aujourd’hui, ses travaux de recherche, sont au cœur des préoccupations de notre époque. Elle dirige le CAS en analyse énergétique des bâtiments qui forme les futurs experts en rénovation énergétique. Ces projets sur la rénovation énergétique fondée sur les typologies de bâtiments sont une référence en Suisse romande. Dans tout ce qu’elle entreprend, elle est convaincue que seule une approche interdisciplinaire peut assurer le succès. «Il faut réunir les ingénieurs, les architectes, les physiciens du bâtiment, les professionnels de la construction et les services de l’État pour avoir des approches réalistes des enjeux. Aujourd’hui, le bon sens manque trop souvent. On se cache derrière des normes. Dans un bâtiment existant où les murs sont donnés, ces normes n’ont pas toujours beaucoup de sens: il faut trouver des compromis. Il est très difficile pour les services de l’État de les trouver. C’est de là qu’est née l’idée d’un centre de compétences cantonal dans la rénovation, sous l’impulsion de plusieurs services cantonaux.»

L’idée est de réunir tous les acteurs concernés pour accompagner les propriétaires dans des rénovations qui s’avèrent souvent complexes. Elle donne un exemple: aujourd’hui, il n’est plus possible de remplacer une chaudière à mazout par une autre. Mais on ne peut pas seulement changer le système de chaleur sans une réflexion globale, au risque de créer un déséquilibre dans le bâtiment. «Le centre de compétences devrait permettre aux propriétaires et aux intervenants de développer une vision globale de la rénovation. Seule cette approche peut conduire à une transition énergétique à large échelle dans le canton, en assurant la qualité des constructions.» Il faudrait en place une formation pour les professionnels et coacher les propriétaires à certains moments clés. «Il vaut mieux subventionner du coaching plutôt que des matériaux d’isolation, sourit-elle. Les problèmes rencontrés par les propriétaires sont souvent similaires, de même que les obstacles abordés par les divers services de l’état. Il est dommage de devoir toujours reprendre tous les questionnements à zéro. Bien sûr, chaque bâtiment est unique et l’idée n’est pas de standardiser les approches, mais de s’appuyer sur des typologies pour gagner en efficacité.»

Aujourd’hui, Stefanie Schwab veut franchir un nouveau palier en intégrant la question de l’énergie grise. «Nous devons désormais nous interroger, lorsque nous rénovons, sur la quantité de nouveaux matériaux que nous voulons intégrer. Il faut trouver l’optimum en termes de déchets et de carbone. On utilise parfois de nouveaux matériaux dont les qualités et la durée de vie sont inférieures aux anciens. Un vieux parquet peut durer 70 à 100 ans: à quoi bon le remplacer par un matériau qui n’a que 30 ans d’espérance de vie? Le neuf n’est pas toujours mieux que le vieux!»

Pour boucler la boucle Stefanie Schwab souhaite une architecture qui prenne en considération tous les axes du développement durable, également sous l’angle social. «Les modes de vie changent. Lorsqu’on rénove, on doit aussi s’interroger sur les personnes qui habiteront les bâtiments à l’avenir et sur leurs besoins.»

19 octobre 2020
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour améliorer votre expérience utilisateur et réaliser des statistiques de visites. Lire les mentions légales